Sacha Daout Tu pouvais rester là. On te rappelle. Eh bien merci aux trois premiers intervenants de cet après-midi et on n'en a pas fini avec eux parce qu'on a finalement beaucoup passé de ce qui s'est passé. On a beaucoup parlé de ce qui est en train de se passer. Il serait peut-être temps de parler de ce qui va se passer. Et on va essayer d'y voir un tout petit peu plus clair, précisément avec les trois intervenants qui sont intervenus en premier lors de cet après-midi.
Je rappelle donc au centre de l'estrade Daniel Dumont, Jean-François Husson et Marie Messiant. Vous pouvez. applaudissements On va vous donner à chacun un micro. Installez-vous comme vous voulez. Et vous pardonnerez, j'espère, le caractère peut-être parfois un peu naïf de certaines de mes questions, mais, petite déformation professionnelle oblige, en tout cas par rapport à, au débat politique que je présente à la RTBF. Lorsque on évoque la question des CPAS, lorsque les CPAS font partie de l'actualité, et même pour les débats en général, j'aime beaucoup aller me nourrir de certaines questions que je peux lire sur les réseaux sociaux.
On y trouve de tout et n'importe quoi, puis on y trouve quand même parfois certaines sources d'inspiration qui permettent de temps en temps à un journaliste, à un animateur de débat, ben de creuser un peu certaines choses. Ça sera peut-être parfois très naïf, je vous l'accorde Mais à partir du moment où ce sont des questions un peu monsieur et madame Tout-le-Monde, je me dis que ça a toujours le mérite d'être posé.
On va commencer par quelque chose de très global et de très simple. Ce que vous avez dressé l'un et l'autre dans vos sphères de compétences comme portrait, ça peut évidemment faire flipper un tout petit peu. Et on peut comprendre, évidemment, vu le contexte. Alors puisque ce qui nous occupe là pour le moment, c'est de parler de l'avenir des CPAS, je voudrais commencer par vous demander en quelques mots chacun, si vous voulez bien, essayez de nous dire quelle est votre vision à vous des CPAS.
En gros, et c'est tout simple, est-ce que ça peut s'arranger ou est-ce que ça ne va pas s'arranger du tout? C'est un peu boule de cristal. Et je trouve que c'est pas mal comme question. Et on va commencer par Marie Messiant. C'est vous qui avez parlé en dernier.
Je vous sentais au taquet. Allez, allons-y, on y retourne.
Marie Messiaen oui, je vous remercie pour la question, mais c'est moins mon, ma sphère de compétence, justement.
Sacha Daout Et je vous l'accorde. Alors, ce que je vais faire, je vais vous la poser autrement. À partir du moment où on se retrouve dans un pays, un État où régulièrement, vous le dites il y a des plaintes, il y a des décisions de justice qui tombent, qui nous condamnent, quel est l'avenir des CPAS dès lors que, et je vais le dire de manière volontairement provoque, on a un peu l'impression que ces décisions de justice, ben finalement, tout le monde s'en fout un peu.
Marie Messiaen Oui, alors je sais que-
Sacha Daout Je vous avais prévenue.
Marie Messiaen Mes propos étaient je sais bien, un peu alarmistes sur la situation des, d'une exécution des décisions de justice parce que c'est une vraie source d'inquiétude. Mais comme je le disais, ça ne touche pas heureusement les CPAS ni d'autres... En fait, ça touche qui? L'inexécution des décisions de justice. Je vais être politiquement incorrecte, mais ça touche les prisons et les droits des étrangers. Et donc ici parce que ce sont des sujets où politiquement on se dit que c'est pas trop grave si on-- voilà, que la volonté du, des électeurs serait de toute façon pas favorisée, serait contre ce que décide le juge, qui est en fait le droit, mais voilà, qu'il faudrait réformer le droit.
Mais heureusement, en matière de CPAS, on a une inflation des recours qui est due aux exclusions du chômage. Mais de manière générale je n'ai pas connaissance d'un refus d'exécuter des décisions de justice. Alors parfois, certaines sont pas exécutées. Je pense à justement, dès qu'on sort de la, de condamnation pécuniaire, le juge pourrait aussi octroyer des aides sociales immatérielles,enfin, de type accompagnement budgétaire ou voilà, tuteur gaz, électricité ouenfin des choses où un accompagnement.
Souvent, c'est la question de la personne qui exclut du revenu d'intégration sociale parce qu'elle ne présente pas une disposition au travail suffisante. Et on se rend compte dans certains dossiers qu'en fait, l'apport du,enfin, le rôle qu'a joué le CPAS l'accompagnement du CPAS, était lui-même défectueux.
Sacha Daout Oui, mais dans l'avenir des CPAS, Marie Messiant, c'est là que je voulais en venir. Et pardon si c'était pas très clair. Mais en l'occurrence, est-ce que le fonctionnement des CPAS et leur futur n'est pas un tout petit peu fragilisé? Parce qu'on a beau avoir des tas de décisions de justice, quand je dis on s'en fout, j'exagère, mais on n'a quand même pas grand-, l'impression qu'il y a grand-chose qui change.
Vous avez parlé des prisons, je vous ai entendue, mais on est condamné combien de fois depuis dix ans pour non-respect des règles en la matière. Et les prisons continuent d'accueillir des gens qui dorment par terre. On n'est toujours pas capable d'assurer la fameuse dignité de vie aux gens. Il y a des décisions de justice qui tombent et il y a rien qui change. Donc, expliquez-moi en quoi demain, les CPAS peuvent être plus efficaces si des décisions de justice aussi fondamentales que celles-là ne sont pas de nature à faire changer la situation.
Marie Messiaen oui, je pense que parce que les-- à ma connaissance, les décisions qui sont prises par des assurés sociaux à l'encontre de décisions de refus de CPAS, ces décisions-là sont exécutées dans la, dans la mesure du possible. Il y a pas de volonté. Ce qui est inquiétant dans les secteurs que j'ai cités, c'est qu'il y a un manque de volonté politique manifeste pour soit ne pas exécuter, soit vraiment décider de refuser d'exécuter.
Ici, dans les politiques locales les CPAS, on sait bien que la volonté est toujours de venir en aide. Et donc une fois que le juge a tranché, ben en général, le CPAS va faire tout ce qu'il peut ou il va aller en appel, ce qui est tout à fait son droit, évidemment, mais une fois qu'il y a une décision définitive le CPAS va se mettre en ordre.
Donc ça ne m'inquiète pas.
Sacha Daout OK. Daniel Dumont, justement, dans cinquante ans, les CPAS, ils en seront où? Tout autre chose étant égale par ailleurs.
Daniel Dumont Oui, je réfléchissais à votre question. Est-ce que ça va s'arranger? Mais je dirais que ça dépend un peu du plan de vol, du schéma général que l'on veut pour notre système de protection sociale. Notre système de protection sociale, c'est une tuyauterie, une machinerie très complexe. Il y a, il y a beaucoup de tuyaux, il y a beaucoup de fumée. Et quand on opère des réformes à un endroit, ça rejaillit, ça a des conséquences à un autre endroit.
Alors, dans notre système de protection sociale, je vois trois grands types de prestations. Il y a des prestations, pardon, strictement résiduaires, il y a des pré-, des prestations assurantielles et des prestations universelles. Ce qui est universel, c'est ce qui couvre l'ensemble de la population. C'est des prestations qui sont largement fondées sur la résidence, la citoyenneté le fait qu'on est là. Concrètement, ça renvoie à quoi dans notre système de protection sociale?
Qu'est-ce qui en est le plus proche? Les allocations familiales et les soins de santé. Donc un pôle universel. Le pôle intermédiaire, le pôle assurantiel, assurance chômage, assurance incapacité de travail, assurance accident du travail, pension de retraite. On s'ouvre des droits plus ou moins importants en fonction de, du passé contributif, en fonction de l'importance de la carrière, en fonction de la hauteur des cotisations. Et enfin, le noyau résiduaire, ben en particulier ici alors les CPAS, ce à quoi on a droit sans avoir nécessairement contribué à condition d'être dans un état de besoin.
Et pour moi, un enjeu essentiel est de savoir où on met le centre du système, comment est-ce qu'on le, comment est-ce qu'on le leste. Et je pense que la situation peut s'arranger pour les CPAS si on laisse l'aide sociale strictement résiduaire, si on fait en sorte qu'il n'y ait pas trop vite trop de monde qui frappe à la porte des CPAS, mais qu'une majorité de la population reste couverte par le pôle assurantiel, reste couverte par le pôle universel.
Sacha Daout Plus les prestations se déplacent du résiduaire vers l'universel, moins on a besoin des CPAS parce qu'alors on a affaire à des protections sociales englobantes qui couvrent large part de la population, voire toute la population. Et je l'ai dit, la littérature montre que les systèmes qui sont configurés comme cela, les systèmes nordiques en particulier, sont des systèmes beaucoup plus robustes et costauds, là où, par contraste, les systèmes anglo-saxons prennent l'autre extrême, eux, mettent davantage l'accent sur les prestations résiduaires.
Ça suscite beaucoup de difficultés, je vais y revenir après. Jean-François Husson vous avez expliqué tout à l'heure: « Ah bah le nombre de bénéficiaires, il augmente et on n'a pas l'impression que cette flèche, cette courbe, elle est, elle va pouvoir s'inverser. » Encore une fois, je me projette vers le futur. Mais j'entends aussi des voix qui disent: « Bah oui, mais ça va descendre petit à petit puisque de toute façon, mais y a de plus en plus de gens qui retournent vers l'emploi.
» Alors encore une fois, c'est un point de vue et qu'on entend beaucoup dans les médias et sur les plateaux de télévision. Est-ce que ça veut dire qu'il y a encore, peut-être, d'une certaine manière, des raisons d'être optimistes ou est-ce que ça, ce contre-argument, vous n'y croyez pas?
Jean-François Husson J'y crois très moyennement. D'autant plus que les dernières estimations quant aux emplois disponibles en Wallonie sont en retrait par rapport aux prévisions d'il y a quelques mois.
Sacha Daout C'est quelle source, ça, qui dit ça?
Jean-François Husson c'était les sources de presse. C'était aussi notamment l'IWEPS. Je pourrais les communiquer. Mais donc par rapport à ça, quand on voit aussi les indicateurs macroéconomiques avec la croissance en berne, quand on voit le niveau de formation des exclus du chômage j'ai quelques inquiétudes. Tout comme on a mis en avant récemment le, la très grosse progression du nombre de créations d'entreprises en Wallonie, mais c'est un phénomène qui est bien connu à Bruxelles, c'est des personnes qui sont sous les radars, qui créent une entreprise, surtout que maintenant, y a plus d'obligation de preuve de gestion et donc ils vont se casser la figure un peu plus tard.
Ce qui fait que entre les créations d'entreprises et les fins d'entreprises, finalement, on a un solde qui est assez déficitaire. Donc, ces retours à l'emploi d'abord, combien d'emplois et quel type d'emplois? Et là, je pense qu'il y a un réel problème. Et donc, pour embrayer sur ce que mon collègue disait on pourrait être très optimiste pour les CPAS en tant que tels, puisque si on sort d'un système de sécurité sociale basé sur de l'assurantiel et qu'on va davantage vers de l'assistance sociale, mot d'anglo-saxon, y a quand même une série d'indicateurs interpellants dans une série d'évolutions et de discours.
Mais alors là, l'essentiel sera résiduaire et vous allez avoir du boulot. Mais là où il faut être quand même un petit peu attentif, et je fais un peu de provoc' aussi c'est des travaux de chercheurs qui s'appellent Courpied Palmeux, mais qui disent: « Il faut faire attention parce que les politiques pour les pauvres finissent par être des politiques pauvres. » Pourquoi? C'est un peu ce qui s'est passé en Angleterre.
À partir du moment où on a d'intervention et d'aide que si on est vraiment dans la mouise, mais ça veut dire que ceux qui ne sont pas dans la mouise se disent: « Ben moi, je paye des impôts, mais je vais jamais en bénéficier de ces dispositifs, je serai toujours trop riche. » Et donc ils vont voter pour des partis qui vont dire: « On va couper dans les dépenses sociales.
» Mais donc si on va vers ce résiduaire, y a du boulot.
Sacha Daout Est-ce que ce sur quoi on peut travailler pour l'avenir des CPAS, c'est en vous entendant que la question me vient à l'esprit, elle est peut-être un peu large est-ce qu'il faut pas aussi travailler sur l'image des CPAS? Je m'explique. On sait, on est en plein débat là-dedans pour le moment, on parle beaucoup de l'enseignement et je vois beaucoup de professeurs un peu désespérés qui disent: « C'est incroyable, on est devenus des gérants de garderie.
» En gros, on nous dépose là les enfants, peu importe l'instruction, peu importe ce qu'on apprend à l'école. L'école, elle est là pour garder les enfants. Elle n'est plus là pour les instruire. C'est déjà en soi relativement flippant. Mais est-ce que finalement, l'image des CPAS, c'est pas ça aussi? Les gens se disent: « Bah dans le fond, y aura toujours ce dernier filet de sécurité. Peu importe ce qu'il devient, les gens n'ont qu'à pousser la porte, ils recevront quelque chose.
» Est-ce que l'image des CPAS ne doit pas être travaillée de toute urgence, un peu comme l'image des professeurs, revaloriser finalement certains métiers qui sont des métiers humains, tout simplement? Est-ce qu'il y a un déficit à ce niveau-là ou pas, d'après vous, aujourd'hui?
Jean-François Husson C'est pour moi la question?
Sacha Daout C'est pour qui veut et vous avez deux heures. rires
Jean-François Husson Je ne suis pas sûr que les invités suivants... Mais par rapport à ça, je pense aussi que pour ceux qui ne sont pas en contact avec les CPAS, y a une série d'actions qui sont menées et qui sont méconnues. Je pense notamment à tout ce qui est insertion socio-professionnelle, je pense à tout ce qui est aide à la recherche d'un logement dans le secteur privé, etc. Donc oui, les CPAS pourraient toujours être mieux connus.
Ça, c'est c'est-
Sacha Daout Mieux connus et mieux compris, parce que j'ai l'impression que parfois, on ne connaît pas la multitude des fonctions.
Jean-François Husson Tout à fait. Mais ça renvoie à une question qui a été évoquée à plusieurs reprises qui est la diversité, l'hétérogénéité, le spectre, pourrait-on dire des activités.
Sacha Daout On en demande trop, aux CPAS?
Jean-François Husson Ah, d'une part, parfois, on leur en demande trop. Et donc, à force de charger la barque, ben on arrive à la noyade que j'évoquais, surtout si on ne donne pas de rame suffisante ou pas de moteur pour-- de carburant pour mettre dans le moteur. Et c'est un petit peu ça le problème qui se pose. Comme je le disais, c'est des politiques où on va transférer vers le CPAS en sous-estimant souvent le retour vers le CPAS, mais en ne donnant pas les moyens de, d'avancer.
Sacha Daout Marie Messiant.
Marie Messiaen Oui, je dirais je n'ai aucun conseil à donner sur comment redorer l'image des CPAS si elle doit être dorée, mais par contre, je crois que c'est évidemment que c'est un déficit dont souffrent toutes les fonctions qui sont liées au service public, toutes les fonctions publ-- services publics. Et pour parler de ce que je connais de la justice aussi, on a ce déficit d'image et ça me fait penser à--enfin, ça illustre, je pense, une tension qui est de plus en plus forte entre ce qu'on attend de nous, que ce soit la société, le politique, mais aussi les individus, chez vous, les béné- des personnes qui toquent à la porte du CPAS désespérées, qui se disent: « Bon, là, je vais avoir de l'aide parce que sinon, c'est juste pas possible.
» Et en justice, parfois, des gens, il faut, il faut qu'on vienne. Et les moyens dont on a et la considération qu'on a du monde politique. Et cette tension est de plus en plus forte et c'est ça qui pèse sur les travailleurs au sens très large dans les services publics, auxquels j'j'inclue les magistrats, et qui fait que, qui conduit à des situations de désespérance et de burn-out à un moment, parce qu'en fait, on se rend compte qu'on est chaque fois pris entre une tension très forte.
Sacha Daout Manque de moyens humains, on l'a dit et peut-être comme dans d'autres secteurs, je sais que la justice, elle manque aussi parfois de moyens humains. Elle manque aussi de modernité avec du matériel adapté à ses missions. Est-ce que, et tout à l'heure, vous l'avez un tout petit peu abordé aussi, monsieur Dumont, est-ce qu'il y a pas aussi un problème de lourdeur administrative avec des procédures qui sont parfois rendues trop complexes?
On doit remplir plein de formulaires. Quand on est demandeur et qu'on pousse la porte d'un CPAS, on a tout sauf envie de remplir cinquante formulaires. Est-ce que ça, justement, c'est pas devenu un vrai problème?
Daniel Dumont Oui peut-être pour revenir d'abord sur la question de l'image. Il me semble que les CPAS doivent naviguer entre deux balises, deux pôles qui sont, qui sont partis en tension. D'un côté, y a, y a parler vrai, communiquer franchement et de l'autre, y a ne pas faire fuir. Alors si les CPAS parlent vrai, oui, la réalité juridique, la réalité concrète, la réalité dans les faits, c'est que l'aide sociale, c'est pas Byzance, c'est, ça tombe pas du ciel, c'est pas inconditionnel.
Y a une enquête sur les ressources, c'est intrusif, il faut se mettre tout nu, il faut montrer qu'on est en dessous des seuils qui rendent éligibles. Donc c'est clairement intrusif c'est pas agréable pour les, pour les demandeurs. Y a l'exigence de la disposition à travailler depuis toujours, depuis 1974, la mise en place du Minimex. Le Minimex et le revenu d'intégration aujourd'hui est pas conditionné uniquement, ce qui est déjà pas mal à la nécessité d'avoir des ressources nulles ou insuffisantes.
Il faut en plus de ça être disposé à travailler, être prêt à faire des démarches, des efforts de réinsertion socioprofessionnelle. Donc si-- il faut faire passer un message, dire comment ça fonctionne, c'est comme ça que ça fonctionne. Mais symétriquement, je pense qu'il faut faire vraiment très attention à ne pas aggraver le problème du non-recours, le problème du, de la sous-utilisation des droits sociaux. Les droits sociaux, s'ils sont consacrés, c'est pour être activés, c'est pour être utilisés.
Or pendant très longtemps, c'est un problème qu'on connaissait fort mal en Belgique. Depuis tout récemment, depuis quelques années ces deux, trois dernières années, on a des premières estimations chiffrées très sérieuses sur l'ampleur du non-take up, donc la part de personnes éligibles à une prestation sécu déterminée qui n'en bénéficient pas effectivement pour une raison ou pour une autre. Parce que la crainte de la stigmatisation, parce qu'on n'est pas au courant, parce qu'on est allé, on a reçu une réponse erronée.
Bon, et les chiffres se situent aux alentours de 40 % pour ce qui concerne le revenu d'intégration. 40 %, donc c'est quand même un taux assez stratosphérique. Plus on envoie le message: « Attention, venez pas trop au CPAS, c'est pas pour tout le monde », plus on peut aussi accroître ce problème de non-recours. Et plus on a du non-recours, plus les problèmes rejaillissent les problèmes ils finissent toujours par revenir et ils peuvent coûter plus cher après que en étant traités dès le départ.
Sacha Daout Je reviens sur cette question du mal, presque j'ai l'impression, du mal wallon et de cette complexité administrative qui rend le travail plus difficile. Et j'entends des tas de secteurs le dire, on n'en sera-- et pourtant, on a en Belgique un ministère de la simplification administrative i-, bon voilà, je vous jure que c'est vrai. Et donc voilà, moi qui suis en train d'essayer de repeindre ma maison, je deviens dingue, par exemple.
Je dois demander un permis on me demande de prouver que je vais pas tuer un troupeau de gnous donc c'est assez impressionnant. C'est un peu vrai, me dit-on, dans les CPAS aussi. Lourdeur administrative, ça rend la tâche plus compliquée, plus ardue et on est en 2026, pourtant.
Daniel Dumont Oui, alors, il faudrait demander aux personnes qui sont sur le terrain comment ça se passe et comment ils mesurent l'au-l'ampleur des contraintes. Moi, je vois, je vois, je vois les textes, les réglementations, ce qui n'est qu'une petite partie de l'histoire. I-il me semble que un aspect qui pourrait fort simplifier la tâche des CPAS, la charge qui pèse sur eux, c'est de c'est d'éviter les dysfonctionnements trop massifs dans les autres branches de la Sécurité sociale.
C'est-à-dire que plus ça dysfonctionne dans les autres branches de la Sécu, plus on a un public important qui arrive dans les CPAS. Et les CPAS, eux, sont là, ils ouvrent la porte, ils octroient des avances, donc ils payent une avance sur prestation de Sécurité sociale à laquelle la personne a droit. Et puis, une fois que la personne obtient son chômage, obtient ses allocations personnes handicapées, alors le CPAS doit les récupérer, les fonds.
Et j'entends beaucoup que ce rôle subsidiaire, ce rôle camion-balai du CPAS prend des proportions très importantes, occupe une part très importante du travail et de l'énergie. Ç-ça me semble être certainement une source de préoccupations. Donc ça implique de davantage mettre la focale sur les autres branches de la Sécu pour voir ce qui se passe dans les institutions voisines et pour alléger symétriquement les CPAS.
Sacha Daout On a dit tout à l'heure, on est plongé en Belgique aussi dans une nasale institutionnelle très complexe. Et pour se reprojeter encore une fois vers l'avenir des CPAS, ce serait quoi le mode de fonctionnement idéal dans un pays comme le nôtre? Est-ce qu'on peut continuer encore une fois avec des CPAS qui fonctionnent avec trois organes de tutelle différents, avec des niveaux de pouvoir différents? Ou est-ce que ça, non, il faut soit le garder, soit définitivement le balayer?
Votre avis là-dessus.
Daniel Dumont Moi toujours?
Sacha Daout Ah oui, c'était un peu votre core business. rires
Daniel Dumont Oui ma perception est qu'on embête beaucoup les CPAS, mais peut-être parfois avec des bêtises plus qu'avec ce qui est vraiment crucial, central. Et donc oui, j'entends les clignotants mis en place par le SPP Integration sociale, enfin, toutes les vérifications tatillonnes à faire. Ça, c'est une source de préoccupation. Je sais pas si ça doit être la-- là-dessus qu'il faut embêter les CPAS en priorité. Par contre, je l'ai dit, je l'assume, ça me semble embêtant que y ait, sauf si j'ai pas compris quelque chose, y ait pas de tutelle systématique qui existe sur les décisions prises par les CPAS.
Et donc, je rééquilibrerais les contrôles et j'essaierais de les mettre là où ils me semblent les plus cruciaux pour que les droits arrivent là où ils doivent arriver et que les usagers perçoivent ce à quoi ils ont droit, pas plus, pas moins.
Sacha Daout On entend souvent parler aussi, et je vais appeler un chat un chat, on entend aussi souvent parler d'une certaine forme de méfiance qui est peut-être liée à un manque de connaissance du fonctionnement. Méfiance parce que, ah, encore trop d'abus à ce niveau-là. Jean-François Husson, est-ce que vous pensez qu'on a aujourd'hui des autorités qui aujourd'hui se méfient encore un peu de certains abus qui seraient commis dans les CPAS?
Est-ce que ça participe un peu à toutes les réformes qui sont mises en place et à la dureté de certaines de ces réformes?
Jean-François Husson Oui, donc les abus dans toute une série de choses sont récurrentes dans certains discours politiques Je pense qu'il faudrait nuancer cela et il y a peut-être des données plus intéressantes que Mme Messiant pourrait donner. Mais je voyais récemment sur un groupe Facebook de travailleurs sociaux des messages comme quoi parfois, il faut aller au-delà de la légalité compte tenu de la détresse de certaines personnes. Est-ce cela des abus?
Peut-être, peut-être pas. Il faudrait voir au cas par cas.
Sacha Daout Vous parlez de la loi et de l'esprit de la loi, finalement.
Jean-François Husson Oui, c'est cela. Mais aussi par rapport à différents types d'abus, donc des aspects qui ne sont pas traités par la législation, des nouveaux types de situations. Mais plus fondamentalement je reviens à ce que je disais en introduction, il y a aussi, dans toute une série de cas, un type de discours pour pointer du doigt certains dispositifs pour les attaquer par la suite.
Sacha Daout Marie Messiant, justement, sur cette question-là, je vois que vous preniez quelques notes.
Marie Messiaen Oui, j'essaie de mettre mes idées au clair. Mais le-- oui, les abus, ils existent et je, mais-- je pense que contrairement à ce qu'on pense en fait, ils sont souvent détectés et que ce soit par un CPAS, que ce soit par une enquête d'un-- d'inspection sociale, l'auditorat du travail. On a un magnifique outil qui est un, comme vous connaissez, de dénonciation, délation en ligne où on peut aller, je vais prendre le-- un form-- un truc pour la concurrence loyale.
Et donc les gens se font un plaisir d'aller raconter tout ce que vivent leurs voisins. Et donc ça tourne beaucoup et ça alimente les auditorats du travail. Là aussi, il y a une question de moyens qu'on met dans les enquêtes. Et puis, je pense qu'il y a quand même... Bon, voilà, je suis quand même-- d'abord, il faut remettre en perspective toujours les moyens, les montants de la lutte, de l'l'abus et de la fraude sociale à d-- au niveau individuel, donc en aide sociale ou en mutuelle ou en chômage.
C'est inacceptable. Évidemment que c'est inacceptable. Il faut-- il y a des règles, on vit dans un pays démocratique, il faut respecter les règles et si on ne les respecte pas, ben on est sanctionné. Mais il faut aussi mettre en perspective ces montants-là avec les montants de la fraude sociale organisée par des employeurs et à niveau et tous ces dossiers, on en a régulièrement, je siège aussi en droit pénal social et donc là, on voit vraiment des gens qui en font un métier, alors, de, de-- et qui vivent très bien.
On parle de millions d'euros et qui font du blanchiment, etc., pour mettre des sociétés fantômes. Et voilà. Ça, c'est-- les montants-là sont gigantesques et sans parler de la fraude fiscale, celle-là, où alors on est encore dans une autre stratosphère. Et donc évidemment, il faut mettre ça à proportion, mais ce n'est pas pour ça qu'il faut tolérer les abus. Et l'autre chose que je voudrais dire, c'est qu'il y a quand même cette question qui occupe énormément du contentieux des juridictions sociales et qui est cette notion de la cohabitation des enquêtes de cohabitation.
Alors, c'est toujours vu comme de la fraude. Il y a des cas de fraude où c'est manifeste qu'on, que l'l'usager, qu'il soit au CPAS ou à la mutuelle ou au chômage, a mis au point un système et se fout du monde, en gros, pour bénéficier.
Mais c'est une infime proportion. La grande majorité des cas, y compris les cas où, comme juge, on condamne à rembourser des sommes parce qu'on dit qu'en fait, il y a eu cohabitation, il y a quand même une zone très grise et une-- de nouveau, comme on parlait d'une intrusion, moi, souvent, ça me frappe. J'ai, comme tout le monde, des amis qui sont séparés, qui ont des, qui ont des conjoints, enfin des compagnons avec qui ils ont une relation, mais avec lesquels ils vivent panais servant quelques jours par semaine.
Et en fait, ça ne-- on s'en--enfin voilà, c'est leur vie privée. On-- ça viendrait pas à l'idée d'un employeur d'aller investiguer ça. Une fois qu'on dépend d'un service d'assurance sociale et que et qu'on commence à avoir une vie sentimentale, affective, familiale, qui n'est pas papa, maman, les enfants dans la maison, eh bien, le caractère intrusif est vraiment important. Et donc des zones qui peuvent être considérées comme des abus.
Et parfois voilà, où on-- mais en fait, dans la, dans la vie des, dans la vie des gens, ils n'imaginaient pas que ça, c'était une cohabitation. Et voilà, des choses comme ça, c'est fort mis en avant, mais je trouve que c'est disproportionné par rapport aux vrais problèmes de notre société.
Sacha Daout Monsieur Dumont et puis monsieur Husson.
Daniel Dumont Oui, je rejoins tout à fait ce qui vient d'être dit par Marie Messiant. Un tout petit élément sur la fraude sociale et donc sans posture rose bonbon, c'est pas un problème, ça n'existe pas. Ce que je peux simplement dire, c'est que dans les études qui ont été faites par les collègues sociologues ou économistes des politiques sociales, donc on a eu récemment des efforts de chiffrage du non-recours et on a, à ma connaissance, il existe une étude qui a cherché à chiffrer la fraude sociale en CPAS sur le site internet du SPP Intégration sociale.
Cette étude, qui remonte à une-- il y a une dizaine d'années, chiffrait la proportion des cas de fraude en revenu d'intégration et en aide médicale urgente à 4,5 % des situations sur-- en l'espace d'un an, 4,5 %. Donc c'est pas, c'est pas que ça n'existe pas, c'est pas que c'est pas important mais je veux dire, c'est sans aucune commune mesure avec cet envers sur lequel je mettais l'accent, qui est la situation du sous-recours, de la sous-consommation des droits sociaux.
Ça, c'est un. Et deux, peut-être pour revenir, mais très succinctement, à un point que je mentionnais, peut-être que le caractère politisé du processus décisionnel n'est pas tout à fait optimal. Alors, en disant ça, je veux pas jeter l'opprobre sur l'immense majorité des conseils de l'action sociale, mais je-- il me semble que structurellement, c'est pas tout à fait adéquat que ces prestations qui relèvent de la Sécu soient entre les mains de mandataires politiques locaux, fût-ce la-- l'immense majorité d'entre eux tout à fait sérieux et impeccables.
Sacha Daout Monsieur Husson.
Jean-François Husson Oui, par rapport à la question de la cohabitation, ben quelque part, ça renvoie à l'individualisation des droits. Et donc, je pense que dans toute une série de cas on peut penser notamment aux femmes, etc., ce serait une avancée notable à différents égards, y compris par rapport au non-take up, mais aussi peut-être une réponse partielle aux questions de manque de logement pour éviter d'avoir parfois des logements fictifs, etc.
Donc, je pense que parfois, il faut avoir une réflexion plus approfondie sur certaines questions. On se dit: non, parce que budgétairement patati patata Je pense qu'il faut pouvoir regarder ça sereinement et peut-être essayer de résoudre ainsi deux problèmes en même temps.
Sacha Daout Mais presque en vous entendant, là, tous les trois, je suis en train de me dire: finalement, notre droit social ne correspond plus du tout à la réalité de notre société, finalement. Et c'est peut-être ça aussi qui rend les missions des CPAS compliquées, non?
Jean-François Husson Oui, l'éclatement des familles, le living apart together plutôt que-
Marie Messiaen La réforme de l'article 34, donc, qui maintenant dit qu'on est obligé de prendre en compte les revenus des cohabitantsenfin, sous certaines conditions. Mais tout ça, effectivement, en tout cas, après, moi, je ne suis pas travailleur social, mais comme juriste et comme juge pratiquant ces matières, on a quand même souvent l'impression que les réformes ne partent pas de la base, en tout cas, et ne respon-répondent pas à une réalité de terrain, mais qu'elles ont...
Voilà, c'est plutôt le fruit de nécessités budgétaires et, ou de discours de posture politique. Voilà, après, je, je-- nous, on applique la loi qu'en-tant qu'elle reste conforme à la Constitution et aux textes internationaux. Donc on applique des textes avec lesquels, fondamentalement, on...
Sacha Daout Mais c'est essentiel d'être conforme à la Constitution, je vous rejoins tout à fait, évidemment, mais est-ce qu'elle est encore bien conforme à la réalité de terrain, justement, à la réalité de la vie des Belges?
Marie Messiaen À l'occasion des cinquante ans, c'est un bon moment de faire le point sur ces questions-là.
Sacha Daout Eh ben, j'ai essayé, en tout cas. rires
Jean-François Husson Mais donc, très rapidement, y a deux choses. Je pense que y a d'une part l'adéquation de la loi et de la réglementation par rapport à la, à la situation mais aussi la façon dont les concepteurs de politiques publiques ont une vision des choses. Rappelons-nous le COVID. Quand on entendait une série de recommandations, on avait l'impression que ceux qui énonçaient certaines mesures avaient une vision de la famille qui était papa, maman, les deux enfants et la maison avec jardin.
Et éventuellement un cours d'eau pour faire du kayak un peu plus loin. rires Mais donc, c'qui ve-- et en-, et encore maintenant avec la canicule. Donc, je pense que y a-- ou la réalité, même chose pour la saga de la TVA avec les plats à emporter. 'Fin bon, passons.
Sacha Daout Ouais,enfin, vous n'avez pas passé, du coup. Mais... rires Dernière petite question, si vous voulez bien, en forme de tour de table. De votre point de vue à chacun, quelle serait la réforme, le truc à mettre en place pour faire en sorte que les cinquante prochaines années des CPAS soient des années apaisées? Bien aussi, ça?
Jean-François Husson Bon, je peux me lancer pour laisser à mes collègues le temps de réagir. Donc je vais là vraiment coller au thème qui m'avait été assigné. Ce serait appliquer aux CPAS le principe décideur-payeur.
Sacha Daout Vous pouvez développer.
Jean-François Husson Quand la région ou le fédéral décide quelque chose et le fait porter par les CPAS, qu'il donne des moyens conséquents en lien avec ce qu'il a décidé. Décideur-payeur. applaudissements
Sacha Daout On va pas toutes les faire à l'applaudimètre non plus, mais... rires Mais monsieur Dumont.
Daniel Dumont Moi, je chan-, ça vous surprendra moins et vous n'applaudirez pas. Moi, je changerais le-- je modifierais le processus décisionnel et je ferais de la préoccupation d'instiller en a-en aide sociale une plus grande culture de l'état de droit une priorité. De nouveau, en disant ça, je veux pas dire que pour l'instant, c'est un pays de cow-boys, c'est n'importe quoi, mais en lisant la jurisprudence, on trouve quand même régulièrement dans le domaine de l'aide sociale des choses, des situations, des décisions, des types de politiques locales qu'on trouve pas dans les autres branches de la Sécu, même assistantielles.
Je trouve ça préoccupant. J'ai pas une recette magique à proposer, mais pourquoi est-ce que demain, l'organe décisionnel au sein du CPS, de la commune, peu importe où finalement ça atterrit, pourquoi est-ce que demain, la, le, l'organe décisionnel ne serait pas une assemblée un peu mixte, peut-être, avec encore l'un ou l'autre de politiques locaux, aussi avec des assistants sociaux, aussi avec des experts du vécu proches des réalités de terrain?
Ça me semblerait plus approprié. applaudissements
Sacha Daout Ben voyez, c'est bien aussi. Marie Messiant.
Marie Messiaen La pression est maximale. Je dirais que... On va dire que je suis naïve et utopiste, mais je pense qu'il faut rêver. Et je dirais que la réforme la plus essentielle, ce serait de, qu'à tous les niveaux de pouvoir, on investisse dans l'humain à titre préventif, dans tout l'éducation, la santé, etc., pour éviter que ce, que les gens viennent au CPAS et qu'on ait fait tout le nécessaire pour qu'il y ait plus personne qui doive taper,enfin, toquer à votre porte.
Et aussi, je suis grande admiratrice de Olivier Amon, qui est ce penseur français et qui-- et je pense que voilà, c'est que nos politiques soient instillées plus par des notions de performance, d'efficacité, mais par de robustesse, parce qu'on a parlé des crises qui se succèdent. Ça va pas aller pour un mieux, les crises climatiques, l'été qu'on a traversé. Et donc, il faut pas attendre que les crises soient finies pour se ressaisir.
Il faut imaginer comment est-ce que, y comp- le CPAS a fortiori au niveau local, peut résister de la meilleure façon qui soit à toutes les crises qui nous attendent. applaudissements
Sacha Daout Et ça veut dire que vous pensez un peu comme... Pardon, j'ai failli vous priver de ça.... Ça veut dire que vous pensez comme quelqu'un dont on a beaucoup parlé ici cet après-midi. Est-ce que vous pensez comme Christine Mayy, finalement, que notre État, il est en train de s'enfoncer aussi dans la crise et dans la dette parce qu'il est incapable de prévenir et que donc il ne fait que mettre des sparadraps sur une fracture sans jamais être capable de la guérir.
Et c'est ce qui fait que la facture de l'hôpital finit par grimper. C'est ça, le problème, c'est le manque de prévention. Donc, vous dites: investissons dans la prévention parce que la pauvreté, une fois qu'elle est installée, elle ne fait que quoi? Que croître.
Marie Messiaen Et pas que la pauvreté la ju-, la criminalité. Quand on voit la situation à Bruxelles, quand on entend le procureur du roi de Bruxelles, en fait la santé mentale, ces jeunes qui se retrouvent dans la désin- dans de la délinquance, la toxicomanie, etc. En fait, investissons dans les familles, dans les écoles.'Fin, voilà. Et alors, évitons-- et que la justice, le CPAS, le, l'hôpital, ce soit vraiment des derniers recours.
Et pour l'instant, l'impression que c'est la solution. Et nécessairement, on sera toujours sous-financés parce que les problèmes, quels qu'ils soient, ser-vont continuer à s'aggraver. Donc, il faut changer, à mon avis, le prisme. Et là, à nouveau, je sais que je suis naïve, mais je pense que ce qui manque, c'est un souffle positif de solidarité dans notre société. On veut on voudrait recréer du soin de l'autre, de l'attention à l'autre, Pour l'eau d'abord, mais aussi pour nous, parce qu'en fait, ça nous protège financièrement et même notre sécurité de savoir que les gens autour de nous, ils ont à manger, à boire, ils dorment, ils sont en bonne santé mentale et physique et ils sont, voilà, leurs besoins sont satisfaits.
Voilà, je m'emballe un peu, mais c'est... applaudissements
Sacha Daout Ça va finir en standing ovation, cette histoire. Jean-François Husson?
Jean-François Husson Oui, très rapidement. J'abonde tout à fait dans ce sens. Maintenant j'avoue que je suis parfois un peu plus pessimiste. Rappelons-nous toutes les, toutes les grandes déclarations: « Le monde de demain sera tellement mieux » au moment du Covid. Je pense que le monde d'aujourd'hui est beaucoup plus individualiste qu'il était à l'époque. Deuxième chose-
Sacha Daout Ça a bien commencé pendant le Covid, cela dit, mais voilà.
Jean-François Husson Ah oui, mais-
Sacha Daout Oui, c'est ce qu'on vient d'entendre
Jean-François Husson ...il y a eu de grands discours. Oui, c'est ce que je veux dire.
Sacha Daout Oui: « Ma liberté, moi ceci, moi cela. »
Jean-François Husson Voilà. Et la deuxième chose, c'est que, rappelez-nous toute une série de crises ces dernières années: la crise de 2008, la canicule récemment, les inondations de 2023 etc., etc., la crise Covid. On a quand même toujours été globalement mal préparé.
Sacha Daout Parce qu'on ne s'est pas occupé justement des plus faibles. Et je recule Christine Mahy, qui n'arrête pas de dire, si vous voulez, à un moment donné, justement, que toute la société soit traitée sur pied d'égalité. Quand vous communiquez, est-ce que vous rendez compte que vous communiquez à des gens qui n'ont pas les moyens de recevoir votre communication?
Jean-François Husson Oui, c'est un des éléments, mais aussi le manque d'anticipation, parce que le nez sur le guidon et, ajouterais-je, sur le tableau Excel. Je suis fan d'Excel moi, ça va. applaudissements
Sacha Daout Oui?
Daniel Dumont Le 8 juillet 2026, Christine Mahy était dans la presse, mais également la Coalition pour une politique de CPS plus humaine, constituée de la Fédération des services sociaux, notamment du réseau wallon de lutte contre la pauvreté, bref, différentes plateformes. Ils ont eu, je trouve, cette bonne formule: « On ne mesure pas le bon fonctionnement d'une société à la qualité de son dernier filet de sécurité. On mesure ce bon fonctionnement à la capacité à éviter que les gens aient à y recourir.
» Donc, ça invite à remettre au goût du jour cette idée de résiduarité qui était très centrale en 1976.
Sacha Daout On va clôturer tout doucement ici cette table ronde applaudissements en vous remerciant d'abord, en vous signalant qu'il y aura une petite pause et puis qu'on va reprendre dans une petite heure, environ à 17 h 30 pour les discours officiels. Merci à vous. On n'a sans doute pas réglé beaucoup de choses, mais en tout cas, au moins, on a vu qu'il y avait des pistes qui existaient. Merci pour ça.
Merci donc à Marie Messiant, merci à Jean-François Husson, merci à Daniel Dumont et, je tiens, je tiens à en parler, merci à quelqu'un qui n'était pas là, mais qui a été beaucoup là quand même, c'est Christine Mahy. Merci à tous les trois en tout cas. applaudissements musique